L’ADL de Katz est une échelle qui cote la capacité d’une personne à réaliser six gestes de base : se laver, s’habiller, aller aux toilettes, se déplacer, s’alimenter et contrôler ses sphincters. Chaque item vaut un point. Un score de 6 indique une autonomie complète, un score proche de 0 signale une dépendance lourde. C’est sur cette grille, simple en apparence, que repose une grande partie du suivi de rééducation en gériatrie.
L’utilité des ADL scores ne se limite pas à une photographie ponctuelle. Leur vrai intérêt apparaît quand on les répète dans le temps, à intervalles réguliers, pour tracer une courbe de récupération ou repérer un décrochage fonctionnel.
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ADL et IADL : deux échelles d’autonomie qui ne mesurent pas la même chose
Confondre ADL et IADL est fréquent, y compris chez les soignants non spécialisés. L’échelle ADL de Katz évalue les activités de base, celles qu’on accomplit sans outil ni raisonnement complexe. L’échelle IADL de Lawton mesure les activités instrumentales : téléphoner, gérer un budget, préparer un repas, prendre ses médicaments seul.
La distinction compte pour le suivi de rééducation. Un patient peut retrouver un score ADL correct (il se lave, s’habille, mange seul) tout en restant dépendant sur les IADL (il ne gère plus ses courses ni ses traitements). La lecture conjointe des deux grilles donne une image bien plus fiable du niveau réel d’autonomie.
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- ADL de Katz : 6 items centrés sur les gestes corporels fondamentaux, cotation binaire (fait seul ou ne fait pas seul), passation rapide.
- IADL de Lawton : 8 items liés aux compétences domestiques et cognitives, cotation plus fine, sensible aux pertes d’autonomie précoces.
- Grille AGGIR : outil administratif français utilisé pour déterminer le GIR et ouvrir les droits à l’APA, pas directement conçu pour le suivi clinique de rééducation.
Pour décider du maintien à domicile, croiser ADL, IADL et AGGIR évite les angles morts. L’ADL seul peut masquer une fragilité instrumentale que l’IADL détecte, et inversement.

Lire un score ADL item par item, pas seulement le total
Un score global de 4/6 ne dit pas grand-chose s’il n’est pas décomposé. Deux patients à 4/6 peuvent avoir des profils radicalement différents : l’un a perdu la continence et la capacité de se laver, l’autre ne parvient plus à se déplacer ni à s’habiller.
En rééducation, c’est la lecture par items qui oriente le travail. Un kinésithérapeute ou un ergothérapeute qui connaît les items déficitaires adapte ses exercices. Un déficit sur le transfert (passer du lit au fauteuil) n’appelle pas la même rééducation qu’un déficit sur l’habillage.
Le suivi longitudinal gagne aussi à être détaillé. Plutôt que de noter « score passé de 3 à 5 », consigner « récupération de l’habillage au jour 15, récupération de la locomotion au jour 28 » donne un calendrier de progrès exploitable par toute l’équipe.
Fréquence de réévaluation en contexte de rééducation
Aucune fréquence universelle n’est fixée par un référentiel unique. En pratique, les services de soins de suite et de réadaptation (SSR) cotent l’ADL à l’admission, puis au minimum une fois par mois et à la sortie. Pour un patient en hospitalisation à domicile (HAD), la réévaluation dépend du rythme des visites, mais un relevé toutes les deux à quatre semaines reste un repère courant.
L’objectif n’est pas de multiplier les mesures, mais de disposer d’au moins trois points de mesure pour tracer une tendance : état initial, état intermédiaire, état à la sortie ou à la fin du programme.
Trajectoires de récupération : ce que montrent les suivis à six mois
Les travaux publiés sur le suivi de patients âgés hospitalisés pour maladie aiguë, initialement autonomes avant l’admission, indiquent que la récupération fonctionnelle se joue largement dans les premiers mois. Les scores ADL mesurés à un mois, trois mois et six mois après la sortie permettent d’identifier plusieurs profils de trajectoire.
Certains patients retrouvent leur niveau antérieur dès le premier mois. D’autres progressent lentement jusqu’au troisième mois avant de plafonner. Un troisième groupe ne récupère pas et bascule vers une dépendance installée. Repérer tôt le profil de trajectoire, grâce à des mesures ADL répétées, permet d’intensifier la rééducation quand la fenêtre de récupération est encore ouverte.

Infirmier référent et DMP : vers un suivi ADL partagé entre professionnels
Depuis mai 2026, les patients en affection longue durée (ALD) peuvent désigner un infirmier référent chargé de coordonner leurs soins et d’alimenter le Dossier Médical Partagé (DMP) avec les données de suivi, y compris les évaluations fonctionnelles réalisées à domicile.
Ce dispositif change la donne pour le suivi des ADL scores hors de l’hôpital. Jusqu’ici, les cotations ADL réalisées en SSR restaient souvent dans le dossier du service, sans transmission systématique au médecin traitant ni aux intervenants à domicile. Avec un infirmier référent qui consigne les résultats dans le DMP, le médecin traitant, le kinésithérapeute libéral et le service d’aide à domicile accèdent aux mêmes données.
Concrètement, cela signifie qu’un aidant familial ou un professionnel peut comparer le score ADL mesuré en SSR à la sortie avec celui relevé trois semaines plus tard à domicile, et réagir rapidement en cas de baisse. Le suivi longitudinal des ADL scores devient un outil de coordination, pas seulement un indicateur clinique isolé.
Limites de l’ADL de Katz en rééducation gériatrique
L’ADL de Katz n’a pas été conçu pour mesurer des progrès fins. Sa cotation binaire (autonome ou dépendant sur chaque item) ne capte pas les améliorations partielles. Un patient qui avait besoin d’une aide complète pour s’habiller et qui n’a plus besoin que d’un coup de main pour les boutons obtient le même score : zéro sur cet item.
Cette insensibilité au changement progressif est une limite reconnue. En rééducation, des outils plus granulaires comme la Mesure d’Indépendance Fonctionnelle (MIF) offrent une cotation à plusieurs niveaux par item. L’ADL de Katz garde son utilité comme outil de dépistage rapide et de communication entre professionnels, mais il ne remplace pas une évaluation de rééducation détaillée.
L’autre point à garder en tête : la cotation dépend de l’évaluateur. Deux soignants peuvent coter différemment le même patient sur l’item « se laver », selon qu’ils considèrent ou non une supervision verbale comme une aide. Standardiser la méthode de cotation au sein d’une même équipe reste la condition pour que les comparaisons dans le temps soient fiables.
Les ADL scores restent un socle parce qu’ils sont rapides, compris par tous les acteurs du parcours et désormais intégrables dans le DMP. Leur principal défaut, la faible granularité, se compense en les associant aux IADL et en documentant les progrès item par item plutôt qu’en se contentant d’un chiffre global.

