La grille AGGIR ne se résume pas à une liste de variables cochées lors d’une visite. C’est un référentiel d’évaluation multidimensionnel dont l’exploitation correcte dépend directement de la compétence et de la coordination entre le médecin coordonnateur, le médecin traitant et l’équipe médico-sociale du conseil départemental. Comprendre qui fait quoi, et à quel moment, conditionne la fiabilité du classement GIR et, par conséquent, l’accès effectif à l’APA.
Articulation AGGIR-PATHOS en EHPAD : ce que le médecin coordonnateur évalue réellement
Le médecin coordonnateur d’EHPAD ne se contente pas de remplir la grille AGGIR pour chaque résident. Il articule cette évaluation avec le modèle PATHOS, qui quantifie les soins médico-techniques requis. AGGIR mesure la perte d’autonomie, PATHOS mesure la charge en soins : les deux grilles combinées déterminent le niveau de dotation de l’établissement.
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Cette double lecture implique un travail clinique précis. Le médecin coordonnateur doit croiser les données fonctionnelles (variables discriminantes d’AGGIR) avec le profil pathologique du résident pour valider la cohérence entre le GIR attribué et les ressources mobilisées dans le projet de soins. Une discordance entre un GIR élevé et un profil PATHOS léger, ou l’inverse, signale une erreur d’évaluation ou un changement d’état non tracé.
Nous observons que cette articulation reste sous-documentée dans la plupart des guides destinés aux familles, alors qu’elle structure l’intégralité du financement de la dépendance en établissement.
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Équipe médico-sociale APA : composition et modalités de la visite à domicile

À domicile, l’évaluation AGGIR relève de l’équipe médico-sociale mandatée par le conseil départemental. Sa composition varie selon les départements, mais elle associe au minimum un professionnel de santé et un travailleur social. Dans certains cas, un ergothérapeute ou un infirmier spécialisé complète le binôme.
La visite est gratuite et se déroule au domicile de la personne âgée. Ce point n’est pas anodin : l’observation in situ permet d’évaluer les capacités réelles de la personne dans son environnement habituel, et non dans un cadre médical standardisé. L’équipe note la manière dont la personne se déplace, prépare un repas, s’oriente dans le temps et l’espace.
Variables discriminantes : le cœur de l’évaluation AGGIR
La grille repose sur dix variables discriminantes qui déterminent le classement GIR :
- Cohérence, orientation et communication, qui évaluent les fonctions cognitives et relationnelles. Ces trois variables sont déterminantes pour distinguer un GIR 2 d’un GIR 3 chez les patients atteints de troubles neurodégénératifs.
- Toilette, habillage, alimentation et élimination, qui mesurent l’autonomie dans les actes corporels quotidiens.
- Transferts, déplacements intérieurs et déplacements extérieurs, qui caractérisent la mobilité fonctionnelle.
Chaque variable est codée selon trois modalités (A, B ou C) correspondant à un degré d’autonomie. Le codage repose sur ce que la personne fait effectivement, pas sur ce qu’elle pourrait faire. Un patient capable de se lever seul mais qui ne le fait plus par peur de chuter sera codé différemment d’un patient grabataire.
Sept variables illustratives : leur utilité pour le plan d’aide
Les sept variables illustratives (gestion du budget, cuisine, ménage, transports, achats, suivi du traitement, activités de temps libre) ne comptent pas dans le calcul du GIR. Elles alimentent en revanche la construction du plan d’aide individualisé. L’équipe médico-sociale s’en sert pour dimensionner les heures d’intervention à domicile et orienter vers les services adaptés.
Rôle du médecin traitant dans le dispositif AGGIR : préparation et transmission
Le médecin traitant ne remplit pas lui-même la grille AGGIR dans le cadre d’une demande d’APA à domicile. L’évaluation officielle du GIR relève exclusivement de l’équipe médico-sociale départementale. Son rôle est néanmoins structurant à deux niveaux.
En amont de la visite, le médecin traitant prépare le terrain clinique. Il transmet à l’équipe médico-sociale les éléments médicaux pertinents : diagnostics, traitements en cours, évolution récente de l’état fonctionnel. Pour un patient atteint de la maladie d’Alzheimer, un compte rendu neuropsychologique récent permet à l’évaluateur de mieux interpréter les variables « cohérence » et « orientation ».

En aval, le médecin traitant est le premier à détecter une aggravation justifiant une réévaluation du GIR. Une chute avec fracture, une décompensation cognitive ou une hospitalisation prolongée peuvent modifier significativement le classement. Nous recommandons de signaler systématiquement ces événements au service APA du département pour déclencher une révision.
Plan d’aide individualisé : de l’évaluation AGGIR à l’allocation APA
Le classement en GIR 1 à 4 ouvre droit à l’APA. Les GIR 5 et 6 correspondent à des personnes suffisamment autonomes pour ne pas relever de cette allocation. L’équipe médico-sociale ne se limite pas au codage : elle élabore un plan d’aide qui traduit le GIR en heures d’intervention concrètes.
Ce plan prend en compte l’environnement matériel du domicile (présence d’escaliers, accessibilité de la salle de bain), les aides déjà en place (aidant familial, auxiliaire de vie) et les souhaits de la personne. Le plan d’aide est une prescription sociale, pas un simple calcul arithmétique. Deux personnes classées GIR 3 peuvent recevoir des volumes d’aide très différents selon leur contexte de vie.
La révision du plan intervient à chaque changement significatif de l’état de la personne ou à la demande de l’intéressé. En pratique, une réévaluation annuelle reste la norme dans la majorité des départements, bien que rien n’interdise une révision plus fréquente.
Contestation du GIR et recours : ce que les professionnels doivent savoir
Un classement GIR jugé inadapté peut être contesté. La personne âgée ou sa famille adresse un recours auprès du président du conseil départemental, qui mandate une nouvelle évaluation. Le médecin traitant joue ici un rôle de soutien documentaire en fournissant des éléments cliniques actualisés appuyant la demande de reclassement.
La distinction entre capacité fonctionnelle et performance réelle est souvent au cœur des contestations. Un patient coté B sur la variable « habillage » alors qu’il nécessite une aide complète chaque matin illustre le type de décalage qui motive un recours. Documenter l’écart entre capacité théorique et réalité quotidienne renforce considérablement le dossier.
Le dispositif AGGIR fonctionne comme un système à acteurs multiples où chaque professionnel, du médecin coordonnateur en EHPAD au travailleur social du département, apporte une lecture complémentaire. La qualité du classement GIR dépend moins de la grille elle-même que de la rigueur avec laquelle chacun remplit sa mission d’évaluation et de transmission.

